Depuis un an environ, Microsoft a intensifié ses activités en Afrique, maniant tour à tour le bâton (cabinets d'avocats spécialisés en propriété intellectuelle, communiqués inquiétants...) et la carotte (don de licenses, formation d'enseignants, ...). Les milieux du logiciel libre crient au loup dans la bergerie tandis que le Sénégal a soif de projets et de compétences informatiques. Microsoft est-il donc un pédateur ou une source de développement pour le Sénégal ?
D'une part on ne peut nier que les compétences de haut niveau (administration système, sécurité réseaux, génie logiciel, programmation objet, architecture des systèmes d'informations) sont rares au Sénégal. Et que par ailleurs les systèmes s'appuyant sur ces notions sont également assez rares. Il y a donc un marché de l'emploi trop mou pour susciter des formations de masse, ou une auto-croissance, et d'autre part un manque de compétences rendant les initiatives ambitieuses difficiles voir impossibles.
Dans ce cadre, Microsoft qui apporte à la fois quelques compétences (formation d'enseignants et de décideurs, mises à jour et licences gratuites...) et en même temps quelques projets (e-learning, système de support) est une chance pour le Sénégal de rompre la spirale de la médiocrité technologique que malgré sa gesticulation médiatique le gouvernement semble incapable de briser.
De l'autre côté, les défenseurs du logiciel libre (linux, open office, Apache, php, etc.) crient au loup en dénonçant la stratégie d'hégémonie de Microsoft, qui déboursant quelques dérisoires millions de CFA prend pied sur les points critiques que sont les administrations (décideurs) et écoles (futurs décideurs), donnant ce qui sinon aurait été piraté, et étouffant l'air de rien les alternatives possibles, et négociant une position monopolistique désastreuse pour le Sénégal sur le long terme.
La vérité - comme toujours - est sans doute entre les deux. Même limitée, l'aide de Microsoft est concrète et palpable. Nombre initiatives gouvernementales ou internationales ne peuvent en dire autant. Charge aux ministres, recteurs d'universités, enseignants de conserver la probité et l'ouverture d'esprit pour développer sans alliéner l'avenir de ceux qui dépendent d'eux, et d'utiliser les ressources sont à leur disposition au mieux pour leur pays et non pour leur fournisseur. Microsoft est mieux que rien, à condition de ne pas en être prisonnier. Faisons confiance au Sénégal pour savoir faire ses avec maturité lorsque le temps sera venu.